Liberté conditionnelle, jour 31, "Assurances, il faut tirer les leçons du Covid"

Liberté conditionnelle, jour 31, "Assurances, il faut tirer les leçons du Covid"

Rédigé le 23/06/2020


Aujourd’hui, une fois n’est pas coutume, nous allons donner la parole à notre PDG, Jean-Laurent Granier, à travers un article des « échos » dans lequel il intervient en tant que président de la FFSAA (Fédération française des sociétés anonymes d'assurances). Il parle ainsi de ce que devrait être l’avenir des assurances en France suite à cette crise et les chantiers qu’il faudrait entamer. Merci à Pascal, notre représentant de proximité sur le Réseau salarié (RSG) de nous avoir transmis cet article.

Portez-vous bien !

Opinion | Assurances : il faut tirer les leçons du Covid

Face à de nouveaux risques sanitaires et aussi écologiques que courent nos sociétés contemporaines, le monde de l'assurance doit se réinventer en tenant davantage compte des enjeux de long terme, insiste Jean-Laurent Granier.

Par Jean-Laurent Granier (président-directeur général de Generali et président de la FFSAA)
Mis à jour le 22 juin 2020 à 14h43

Un mois après le déconfinement, notre économie ressort assommée sous un choc d'une violence sans précédent. Le plus difficile est pourtant devant nous.

Nous, assureurs, devons « casser les codes » de notre profession : donner plus de transparence à notre fonctionnement, affirmer avec force notre rôle économique et sociétal. Il faut sortir des oppositions intestines qui se sont fait jour pendant la crise et mettre notre énergie à définir quelles sont les actions les plus efficaces pour la relance de notre économie. 

Licenciements, dépôts de bilan et faillites en cascade sont malheureusement redoutés à l'automne. Face à ces difficultés annoncées, solidarité et solidité font de l'assurance un des leviers essentiels pour permettre ce redémarrage économique.

Fonds de solidarité gouvernemental

Seuls les assureurs - en tant que secteur professionnel privé - ont contribué, aux côtés des régions, au fonds de solidarité gouvernemental destiné aux professionnels et TPE. Les assureurs sont là pour sécuriser, accompagner et investir dans la relance. Les assureurs français se sont engagés à mettre en place un programme d'investissement de 1,5 milliard d'euros pour soutenir la reprise économique et, notamment, les ETI, les PME, les secteurs de la santé et du tourisme.

Mais cette solidarité ne peut s'envisager au détriment de la solidité que les assureurs doivent à leurs clients et à l'économie en général. Exiger des assureurs qu'ils aillent, en période de crise, très au-delà de leurs engagements, notamment sur le sujet des pertes d'exploitation des entreprises à la suite des fermetures liées au confinement, serait irresponsable.

La tentation est forte de considérer à tort les bilans et ressources financières des assureurs comme un trésor accumulé, et mobilisable à discrétion en cas de crise… Ces réserves et ces bilans représentent la contrepartie d'engagements de toute nature pris envers nos assurés : sinistres à régler, bâtiments à reconstruire, rentes de victimes d'accidents et, bien sûr, épargne constituée en assurance-vie.

Enfin, la relance doit être fondée sur des principes de responsabilité sociale et environnementale. Cette crise du Covid-19 s'inscrit en résonance avec les dérèglements climatiques et environnementaux, et exacerbe nos enjeux de société. Les risques auxquels la société est exposée, et que nous devons désormais couvrir, ont changé d'échelle. C'est pourquoi la relance de la machine économique doit être fondée sur des bases différentes, plus respectueuses de l'environnement, plus durables et plus soutenables. Elle rend impérative la présence des assureurs investisseurs de long terme dont la vocation n'est pas de faire des mouvements d'arbitrage à court terme.

Coordination européenne

Un premier pilier se dégage : la transition démographique avec l'allongement de l'espérance de vie. Particulièrement touchés par la crise sanitaire, 92 % des victimes du Covid ont 65 ans et plus. Tout un ensemble de nouveaux services sont à développer en matière d'e-santé, de téléconsultation, de prévention, de services d'assistance permettant notamment le maintien à domicile et une longévité sereine et active. S'ajoutent les enjeux de dépendance, la « 5e branche » de la Sécurité sociale, avec cette réforme tant attendue à laquelle notre profession participe. 

Le deuxième pilier est celui de la transition climatique. Le dérèglement du climat est certainement le plus grand risque de ce siècle ! Nous devons optimiser la modélisation prospective et développer les actions de sensibilisation, de pédagogie et de prévention face aux incompréhensions exacerbées en temps de crise. 

Le troisième pilier est celui de la transition sanitaire et sécuritaire. Nous sommes en mesure de modéliser les risques pandémiques comme nous avons modélisé ceux liés aux accidents climatiques. Nous devons aujourd'hui définir un régime qui puisse parer aux grandes catastrophes extérieures : fermeture administrative à la suite d'une pandémie, à des émeutes ou encore pour prévenir les effets d'une catastrophe environnementale, dans un véritable partenariat public-privé compte tenu des impacts et des sommes en jeu.

Le groupe Generali soutient l'idée d'une coordination européenne avec une approche en partenariat public-privé dans lequel les assureurs peuvent apporter leur rôle d'expert en prévention et résilience.

Jean-Laurent Granier, président-directeur général de Generali et président de la FFSAA (Fédération française des sociétés anonymes d'assurances).