Confinement #2, jour 21, liberté chérie

Confinement #2, jour 21, liberté chérie

Rédigé le 30/11/2020


Je ne sais pas pour vous, mais j'ai eu à nouveau un week-end très actif... En tant que syndicaliste qui se respecte je n'ai pas résisté à me rendre à la manifestation finalement autorisée entre République et Bastille à Paris samedi après-midi.

Rassurez-vous, je ne suis pas du genre à me jeter dans toutes les manifestations qui passent mais celle-ci avait une saveur toute particulière qui a fait que je me sentais dans l'obligation de m'y rendre. Il s'agissait de défendre nos libertés. Ceci avait d'autant plus de sens que nous vivons une période où nous sommes privés d'une bonne partie d'entre elles pour des raisons sanitaires. J'avoue que c'était aussi pour moi l'occasion de tester notre nouvelle "permission" de sortie de 3h à moins de 20km de chez soi! J'ai eu le plaisir (si si ce n'est pas ironique) de reprendre le RER et le métro, ce qui ne m'était pas arrivé depuis le reconfinement.

Le sujet de la liberté m'interpelle tout particulièrement y compris en tant que syndicaliste : les libertés de se syndiquer, de s'exprimer, d'exister au sein des entreprises ont été obtenus après de longues luttes pendant les 2 siècles passés. Je ne suis pas un nostalgique qui aime se lamenter dans le passé mais il y a des acquis qui sont importants et notamment la liberté d'expression et de s'informer. Les évènements récents comme ce prof d'histoire géographie assassiné parce qu'il enseignait montrent qu'il n'y a pas que les puissants qui tentent de réduire les libertés mais aussi les organisations obscurantistes.

Depuis plus d'une vingtaine d'année on assiste à des réductions progressives de nos libertés sous couvert de sécurité, d'économie, de santé. Ça a commencé en 1995 et le premier "Vigipirate". En 1997, le terme "sureté" de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen se transforme en sécurité. Tout un symbole. En 2001, on élargit le fichage des criminels et on rend obligatoire le prélèvement d'ADN. A l'époque ceci était censé être provisoire, mais à chaque fois ces règles se sont inscrites dans les lois et dans la durée. Depuis, tous les 2 ou 4 ans une nouvelle loi renforçant par ici le pouvoir judiciaire au détriment de la justice ou du social, par là le développement de la vidéo surveillance. L'état d'urgence (qui permet l'assignation à résidence de personnes "à risque") suite aux attentats de 2015 rentre dans le droit commun... Et maintenant cette loi dite de "sécurité globale".

On parle là, en tout cas d'article 24, le plus controversé, de la liberté d'expression et de la liberté d'informer. Bien sûr, tout le monde peut et doit être protégé contre les abus des réseaux sociaux ou des médias mais il existe déjà tout l'arsenal juridique nécessaire pour cela. Ce qu'il manque, ce sont des moyens pour agir, en personnels, en moyens techniques, bref, en financement. La création d'une nouvelle loi est donc inutile. Elle est tout au plus le résultat d'une agitation médiatique pour donner l'impression qu'on agit, au pire un gage donné à certains corporatismes.

Il ne s'agit pas de nier à chacun le droit de vivre en sécurité, mais il s'agit bien de défendre nos libertés qui garantissent notre démocratie et nos droits de citoyens y compris en entreprise. Et je finirai en citant cette fameuse citation de Benjamin Franklin : "Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l'une ni l'autre, et finit par perdre les deux."

En attendant, portez-vous bien, et surtout, portez un masque !

PS : la nouvelle est tombée, le fameux article 24 devrait être totalement réécrit… Nous verrons bien…